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MOT DU MOIS DE JUIN 2020

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L’unité prévaut sur le conflit

Un des principes dont doit savoir s’inspirer la pastorale sociale est mis en exergue par le Pape François dans La Joie de l’Evangile : l’unité prévaut sur le conflit. S’il est vrai que les conflits sont inhérents à la vie sociale, ils sont à surmonter. François est très concret dans ses expressions : s’arrêter à la situation de conflit, c’est perdre « le sens de l’unité profonde de la réalité »[1]. En face de la réalité du conflit, on peut noter trois formes d’attitude ; nous avons

  • L’indifférence
  • L’enfermement dans le conflit ou
  • La transformation du conflit

  1. L’indifférence

L’unanimité conçue comme absence totale de conflits est un « non-lieu », une utopie. De même qu’on ne peut faire disparaître un mur en considérant qu’il n’existe pas, de même un conflit n’est pas inexistant parce qu’on y est indifférent. Le conflit, autrement dit le désaccord, survient dans un monde où les différences ou les diversités sont présentes. Ces diversités de points de vue sont le point d’encrage concret des conflits. Pour y faire front, certains choisissent la démission de l’indifférence. L’on ne se soucie pas de quoi que ce soit et l’on vit comme si de rien n’était. C’est l’une des manières de ne pas prendre ses responsabilités et de ne pas tirer avantage des leçons qu’on pourrait retenir des événements. Le lieu biblique symbolique de l’unanimité est le projet de construction de la tour de Babel[2]. Babel n’a pas été encouragée car elle est le lieu de l’uniformisation et donc de la confusion, de la non-distinction. Combien n’aspirent-ils pas à une telle paix, fruit de l’indifférence ? Se résoudre à l’indifférence devant le conflit, c’est ne pas assumer, c’est choisir le parti de la facilité et de la non-distinction. Jésus s’exprime avec beaucoup de clarté dans l’évangile : « Pensez-vous que je suis venu apporter la paix sur la terre ? Non, mais la division » (Lc 12). La paix que fustige l’évangile ici, c’est ce manque de détermination pour assumer une position suivant la vérité et cette installation paresseuse dans l’indifférence. Si l’indifférenciation de l’indifférence peut engendrer la mort, est-ce pour autant que l’on puisse édifier sa demeure dans le conflit ?

  1. L’enfermement dans le conflit

S’il convient de s’assumer en faisant convenablement front aux conflits, ils ne sont pas le lieu permanent de la vie. Mais les faits de vie démontrent, comme l’expriment le pape François que « d’autres entrent dans le conflit de telle manière qu’ils en restent prisonniers, perdent l’horizon, projettent sur les institutions leurs propres confusions et insatisfactions de sorte que l’unité devient impossible »[3]. Le conflit n’est donc pas une fin en soi, ni le but de la vie. Il intervient comme mise en crise, et le propre de la crise est d’élever à un au-delà de la crise. Tout conflit mieux géré peut devenir le lieu d’une renaissance. L’on ne saurait donc faire du lieu de chute (du lieu de conflit), un lieu où l’on s’installe, pour paraphraser un dicton Mina[4]. Mais « s’il ne dépend pas de nous d’amener le prochain à des dispositions pacifiques envers nous, il dépend de nous d’être disposés à faire la paix avec lui, explique le théologien Godet »[5].

  1. La transformation du conflit

Reconnaître la réalité des conflits, en comprendre la cause peut amener à prendre les voies et moyens pour les assumer au mieux et même les résoudre. Comme l’exprime le pape François, la béatitude consiste à « accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus »[6]. C’est cela vivre le conflit dans une perspective transformante. Jacques et Claire POUJOL le confirment : « Tout conflit en tant que relation sociale, représente un moment de vérité, une vérification de l’état de cette relation »[7]. En faire un élément de renforcement des relations et de rapprochement des personnes, tel est le lieu où conduit le conflit assumé.

Le conflit, loin d’être une fatalité est un défi à nos relations qui sont appelées à se transcender pour n’être ni indifférence, ni installation ou enfermement dans les crises mais ouverture à l’altérité pour un autodépassement par la conciliation ou la réconciliation. Cet autodépassement mène à l’unité qui est la perspective finalisante du conflit ; d’où le principe : l’unité vaut plus que le conflit.

 

Père Colbert GOUDJINOU

Directeur de l’IAJP/CO

 

[1] FRANCOIS, Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, n° 226.

[2] Genèse 8.

[3] FRANCOIS, Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, n° 227.

[4] Le Mina est une langue de la Côte Ouest Africaine.

[5] Commentaire sur l’Epître aux Romains, Labor et Fides, 468.

[6] FRANCOIS, Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, n° 227.

[7] Jacques et Claire POUJOL, Les conflits, Origines, évolutions, dépassements, Empreinte temps présent, Paris 1989, 42.

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